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« Les enfants n’éprouvent le désir d’apprendre que si ils ont intériorisé une base de sécurité » (Boris Cyrulnik dans l’ouvrage de Philippe Meirieu)

« Les enfants-quand ils accèdent au monde de la parole- n’éprouvent le désir d’apprendre que si ils ont d’abord intériorisé dans leur mémoire biologique une base de sécurité. Un bébé ‘secure’ (qui se sent en confiance) demeure sécurisé même quand sa base d’attachement s’éloigne (…) Aux alentours de vingt mois, il joue à répéter des mots et à apprendre. A trente mois, ce sont les bébés les plus ‘secure’ qui sont les plus performants en termes de langage ». C’est ce que déclare Boris Cyrulnik, psychiatre et psychanalyste. C’est l’une des douze personnalités conviées par Philippe Meirieu, professeur de sciences de l’éducation à l’Université de Lyon II et vice-président de la région Rhône-Alpes, à s’exprimer dans son ouvrage à paraître en mars « Le plaisir d’apprendre ». « Ma conviction est faite et je n’en démordrai pas : dans la course effrénée que vivent nos enfants aujourd’hui, fascinés par la vie en trompe l’œil et en temps réel, la découverte du plaisir d’apprendre reste l’acte fondateur de toute éducation », écrit Philippe Meirieu.

« Dans une niche affective non sécurisante, l’enfant augmente les activités autocentrées. (…) L’architecture du sommeil peut se trouver très altérée par le malheur parental, et la niche sensorielle est appauvrie », explique Boris Cyrulnik. De leurs côtés, les enfants « sécurisés » redécouvrent facilement le plaisir d’explorer et celui d’apprendre. L’école peut-elle aider les enfants qui en ont besoin à retrouver la sécurité et le plaisir d’apprendre ?  » Les enfants malheureux vont rester repliés sur eux-mêmes, préférant un monde clos et familiers. L’extérieur, l’école, pour eux, c’est l’inconnu. Ils ont en peur (…) et se méfient des autres enfants qui explosent de vitalité. »

« Nous ne sommes plus dans une culture de la solidarité »

Le psychiatre estime que pour aider ces enfants il faudrait « une école très ouverte, très souple, une école qui privilégie le plaisir, qui permettent des pauses et le détour, qui laissent du champ à l’exploration et à la créativité. Un cadre trop rigide stimule les mécanismes de défense. »

Les structures familiales aujourd’hui en mutation accélérées sont-elles sécurisantes ? Le psychiatre estime que le statut de la maternité a changé et que l’arrivée d’un enfant peut être vécue comme « comme une entrave à la réussite personnelle ». Autre facteur de changement : « l’isolement relatif dans lequel peut se trouver l’enfant si les deux parents travaillent ». « La rue a perdu son effet socialisant. Elle n’est plus une ressource mais une menace. » Le psychiatre estime que « nous ne sommes plus dans une culture de la solidarité ». Toutefois, les enfants malheureux en cas de rencontre avec un « adulte bienveillant » redécouvrent « une base de sécurité » et le goût d’apprendre. « Pour l’enfant meurtri, tout est affaire de rencontres, susceptibles ou non de renforcer sa base de sécurité ».

Les éditions « Autrement » publient cet ouvrage en partenariat avec la Ligue de l’enseignement. Il sera mis en vente le 12 mars.